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Le
dialogue entre chrétiens et juifs appartient à la nature de
l'Eglise. Fidèle à ses promesses, Dieu ne révoque pas l'Ancienne
Alliance (cf. Rm 9 et 11). Jésus de Nazareth était juif et la Terre
Sainte, la terre mère de l'Eglise. Chrétiens et juifs partagent les
Ecritures du peuple juif, que les chrétiens appellent l'Ancien
Testament. Dans la descendance d'Abraham, juifs et chrétiens peuvent
être une source de bénédiction pour l'humanité (cf. Gn 17, 4-5). La
compréhension juive de la Bible peut aider l'intelligence et l'étude
des Ecritures de la part des chrétiens.
L'interprétation biblique chrétienne est fondée sur l'unité des
deux Testaments dans la personne de Jésus, Parole faite chair. En
elle s'accomplit le sens plénier des Ecritures en continuité et
discontinuité à l'égard des livres inspirés du peuple juif. Il est
suggéré
aux conférences épiscopales de promouvoir des rencontres et des
échanges entre juifs et chrétiens
Synode sur la
Parole de Dieu
Rome
octobre 2008 Proposition n° 52 :
Dialogue entre chrétiens et juifs
Depuis Vatican II la redécouverte par
l’Eglise de ses racines et du « patrimoine commun » entre Juifs et
Chrétiens n’a cessé de s’approfondir. Mais pour mesurer l’importance de
la Bible qui imprègne la vie juive dans toute ses dimensions, comme l’a
expliqué le Rabbin Shear-Yashuv Cohen devant les membres du Synode sur
la Parole de Dieu, à Rome, en octobre
dernier, il convient de ne pas séparer la Thora écrite des commentaires
de la Tradition orale juive, que connaissent trop peu les chrétiens.
Le temps du Carême, temps de métanoia
par excellence, peut être un appel à changer nos regards de
chrétiens en prenant le temps de lire et méditer toute la richesse
spirituelle qu’apportent ces commentaires talmudiques, principalement à
travers les Haggadoth du Talmud de Jérusalem et les
commentaires rabbiniques des psaumes, les Tehilim. Certains
commentaires juifs contemporains permettront aussi de mieux les saisir
dans leur actualité.
Ainsi du mercredi des Cendres au 4°
dimanche de Carême, nous nous arrêterons donc sur quelques commentaires
juifs, en complémentarité avec les textes bibliques de la liturgie
dominicale, et certains commentaires
chrétiens.
Nous répondrons ainsi à la proposition n°
52 du Synode sur la Parole de Dieu,
dans le prolongement de tous les textes d’application de Nostra
Aetate, dont celui de 1985 - il y a presque 25 ans ! -: Juifs
et Chrétiens nouveau regard :
note pour une correcte présentation des Juifs et du Judaïsme dans la
prédication de l’Eglise Catholique :
« § 2...
Il s’agit de présenter l’unité de la Révélation biblique ( A.T. et N.T.)et
du dessein divin... C’est ainsi que le sens définitif de l’élection
d’Israël n’apparaît qu’à la lumière de l’accomplissement final (Rm 9-11)
et que l’élection de Jésus-Christ est encore mieux comprise en référence
et à l’annonce de la promesse (Hb 4,1-11) ...
§ 2.6 Identité
juive et identité chrétienne doivent ainsi être chacune soigneusement
distinguées dans leur lecture respective de la Bible .Mais ceci n’ôte
rien à la valeur de l’Ancien Testament dans l’Eglise et n’empêche pas
que les chrétiens puissent à leur tour profiter avec discernement des
traditions de lecture juive ...
§ 5.23 ... La foi
et la vie religieuse du peuple juif, telles qu’elles sont professées et
vécues encore maintenant peuvent aider à mieux comprendre certains
aspects de la vie de l’Eglise – cf. Jean-Paul II 6 mars 1982 - ...
§ 6 ... La
permanence d’Israël ... est un fait historique et un signe à interpréter
dans le plan de Dieu. »
Les thèmes des lectures de ce temps
liturgique du Carême sont particulièrement intéressants pour approfondir
notre foi tout en nous enrichissant à la source de la tradition juive;
et ceci sans confusion ni syncrétisme, dans le respect et l’estime de la
vocation particulière du peuple juif, selon le dessein de Dieu sur
Israël et les Nations.
Isabelle Denis ND Sion Paris
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Synode sur la Parole de Dieu
Rome octobre 2008
Proposition n° 52 :
Dialogue entre chrétiens et juifs
Chrétiens et juifs partagent les Ecritures du peuple juif, que les
chrétiens appellent l'Ancien Testament. Dans la descendance
d'Abraham, juifs et chrétiens peuvent être une source de bénédiction
pour l'humanité (cf.Gn
17, 4-5)
La compréhension juive de la
Bible peut aider l'intelligence et l'étude des Ecritures de la part
des chrétiens ... Il est suggéré aux conférences épiscopales de
promouvoir des rencontres et des échanges entre juifs et chrétiens
Mercredi des Cendres
2009 :
Joël 2,12-18 –
Psaume 50 (51) –
Matthieu
6, 1-6,16,18
- cf. introduction de Carême -
-
« Il est encore temps,
maintenant, de revenir à moi, affirme le Seigneur. Faites-le de tout
votre cœur : jeûnez, pleurez et suppliez-moi. Il ne suffit pas de
déchirer vos vêtements, c’est votre cœur qu’il faut changer.
Oui, revenez au Seigneur,
votre Dieu : Il est bienveillant et compatissant, patient et d’une
immense bonté, toujours prêt à renoncer à ses menaces. Il changera
peut-être d’avis, et vous comblera de ses bienfaits. Vous pourrez alors
lui apporter le blé et le vin.
Sonnez du cor - « le
Choffar»,
en hébreu
- à Sion, ordonnez un temps de jeûne, convoquez l’assemblée. Groupez
la population pour une réunion solennelle. Rassemblez les vieillards,
les jeunes gens et même les tout petits enfants ; que les nouveaux
mariés eux-mêmes quittent la chambre de leurs noces.
Que les prêtres qui
servent le Seigneur pleurent dans le Temple, entre le vestibule d’entrée
et l’autel,
et qu’ils supplient Dieu
ainsi :
‘Seigneur, aie pitié de
nous, ton peuple, ne livre pas les tiens à la honte, ne permet pas que
les peuples étrangers se moquent de nous en disant ‘ Que fait donc leur
Dieu.’.’
Or le Seigneur s’émut de
jalousie pour son pays, il épargna son peuple. »
Joël 2,12-18
"Tu as changé mon
deuil en danse"
Le Synode sur la Parole de Dieu, en
octobre 2008, a souligné que « la compréhension juive de la Bible peut
aider à l’intelligence et à l’étude des Ecritures » Voici quelques
commentaires choisis dans les Haggadoth
du Talmud de Babylone,
spécialement sur le « Choffar », qui permettent de se situer dans la
Promesse faite à Abraham :
« Michna :
Le plus ancien d’entre eux les exhorta à la pénitence en ces termes –
à l’occasion d’un jeûne :
Mes frères, il n’est pas dit, à propos des hommes de Ninive, que Dieu
vit les sacs dont ils étaient vêtus ainsi
que leurs jeûnes, mais
Dieu vit qu’ils
revenaient de leurs mauvaises voies (Jonas
3,10).
C’est aussi ce que dit la tradition :
Déchirez votre cœur, et non vos vêtements, et revenez à l’Eternel,
votre Dieu (Joël
2,13) »
Traité Ta’anit 15a
« Rabbi Abahou dit : Pourquoi nous
servons - nous d’un Choffar en corne de bélier ? Parce que le Saint,
béni soit-il, a dit : ‘utilisez un Choffar en corne de bélier, afin que
je me souvienne en votre honneur, qu’Isaac, fils d’Abraham, me fut
offert en sacrifice’ »
Traité Rosh Hachana 16a
« Le mot
Terou’a
(son du Choffar) nous
invite à réciter des versets évoquant le Choffar »Traité
Rosh Hachana 32a
Mais pour pouvoir « réciter des versets
évoquant le Choffar » il convient de repérer ces versets et se demander
pourquoi réciter des versets bibliques ? Apprendre‘par cœur’, ou plutôt
avec le cœur pour s’en souvenir, s’en
imprégner, faire corps avec la Parole de
Dieu et agir en conséquence, en vivre donc :
Le Choffar
- la trompe ou le Cor - voici les références dans la
Concordance de la TOB :
Ce mot est cité 72 fois dans la Bible hébraïque, dont 4 fois en
araméen : Quérèn, dans le
livre de Daniel :
cf. par exemple :
Exode :19,1
;
Lévitique
25,9 ;
Josué
6,20 ;
Juges
6,34 2 Samuel
6,15;
1 Rois
1,34;
Isaïe
18,3 ;
Ezéchiel
33,3 à 6
Osée
5,8 – 8,1 ;
Zacharie
9,14 ;
Psaumes
81,4 ;Daniel
3,7 ...15 ;
Néhémie
4,14 ;
2 Chroniques
15,14
Le Psaume de ce jour,
Ps 51 dans la Bible hébraïque,
est prié spécialement à Kippour, le jour du Grand Pardon, par la
communauté juive.
Voici la présentation que l’on trouve
dans Tehilim, tome II, Les Psaumes, La
Bible commentée, hébreu/français aux éditions Colbo :
« Psaume 51 : Rabènou
Yona consacre toute la première partie de son œuvre monumentale
Cha’aré Techouva
à une discussion complète des vingt principes
du repentir. Il cite fréquemment ce psaume, qu’il appelle le psaume du
Repentir parce qu’il est la base de tous les principes du repentir (Cha’aré
Techouva 1.23).
Chaque fibre de l’être de David était bel et bien imprégnée de l’esprit
du repentir. Nos rabbins enseignent : Quiconque veut se repentir doit
examiner les actes de David (Midrash
Cho’her Tov 4,4).
David est décrit comme l’homme qui a
rendu sublime le joug du repentir (Mo’èd
Katan 16b).
David a consacré sa vie à
progresser moralement, si bien que ses efforts ont mérité une aide
divine particulière. Dieu a envoyé le prophète Nathan l’informer de son
péché et le guider sur le chemin du retour... C’est à cette époque que
le psaume a été composé. »
Enfin, en regard avec l’un
des thèmes de l’Evangile de Matthieu de ce jour,
Matthieu
6,1-6.16.18, voici
quelques extraits de textes rabbiniques sur l’aumône et la prière et
pénitence :
« Justice = aumône devant
Dieu. Nous apprenons que la justice - aumône - monte devant le trône de
la gloire
cf. Ps 85,14
La justice marche devant
Lui ».
Sifré sur Deutéronome § 277, 123b
« Siméon le Juste, un des
derniers membres de la Grande Synagogue/Assemblée
disait : Le monde
repose sur trois bases : sur l’étude de la Thora – de la Loi – sur le
culte et sur la charité »
Maxime des
Pères, I, 2
« Tu
écoutes la prière, Seigneur, jusqu’à Toi vient toute chair
– Ps 65,3.
Rabbi Yehouda bar Shalom a
dit au nom de rabbi Eleazar : Selon la chair et le sang - c'est-à-dire
selon la faiblesse et les limites de la condition humaine, dans ce
monde-ci -, si un pauvre vient dire quelque chose on n’y prête pas
attention, mais si un riche vient dire quelque chose aussitôt on
l’écoute et on le reçoit.
Mais le Saint, béni soit-Il, n’est pas ainsi car devant Lui tous sont
égaux, femmes, esclaves, pauvres et riches !
Tu en vois une preuve dans le fait que la même chose est écrite de
Moïse, le maître de tous les prophètes, et d’un pauvre homme. De Moïse,
il est écrit : Une prière de Moïse, l’homme de Dieu
Ps 90,1 et d’un pauvre homme il est écrit : Prière d’un malheureux
quand il est accablé
Ps 102,1. Dans les
deux cas le mot prière est employé, pour t’apprendre que tous sont égaux
devant Dieu dans la prière. »
Exode Rabbah XXI, 4
« Le Saint,
béni soit-il, semble lointain, Il ne paraît pas proche de nous... Vois
combien Il est élevé au-dessus du monde ! Mais un homme entre dans la
synagogue, il se tient derrière le pilier et il prie à voix basse.
Eh bien, le Saint, béni
soit-Il, écoute sa prière car il est dit : Anne parlait tout bas ses
lèvres remuaient mais on n’entendait pas sa voix
1 S 1,13 et le Saint,
béni soit-Il, écouta sa prière ; ainsi fait-il à l’égard de toutes ses
créatures, car il est dit : Prière d’un malheureux quand il est accablé
Ps 102,1. Quand il est comme un homme qui parle à l’oreille de son
compagnon qui l’écoute.
Trouveras-tu un Dieu plus
proche que Lui, puisqu’Il est aussi proche de ses créatures que la
bouche de celui qui parle est proche de l’oreille de celui qui écoute. »
Y. Berakhot IX, 1
« Rabbi Hanina bar Papa
demanda R. Shemuel bar Nahman : Quel est le sens de ce verset : Et moi,
ma prière va vers Toi, Seigneur, au temps propice
Ps 69,14 ? Il lui
répondit : Les portes de la prière sont parfois ouvertes, parfois
fermées, mais les portes de la pénitence restent toujours ouvertes !
Rabbi ‘Anan a dit : les
portes de la prière non plus ne sont jamais fermées, car il est écrit :
Comme est proche le Seigneur, notre Dieu, toutes les fois que nous
l’invoquons Dt 4,7. »
Deutéronome Rabba II, 12
Isabelle Denis ND Sion
Paris |
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1°
dimanche de Carême 2009
Genèse
9,8-15 ; Psaume 24 (25) ; 1 Pierre 3,18-22 ; Marc 1,12-15
Points de repères avec
les deux traditions juive et chrétienne
- cf. introduction au Carême -
Le texte biblique de la première lecture,
en Genèse 9,8-15 est à
méditer avec l’ensemble du chapitre dont il ne peut-être dissocié sans
en perdre une grande partie de son importance.
Noé et L’arc dans
la Nuée
de M. Chagall
Voici donc un extrait d’un commentaire de
Nehama Leibowitz, p.39 de son ouvrage En méditant la sidra
Berechit, (édition du Département de l’Education et de la
Culture par la Tora dans la Diaspora,
1981). Nehama Leibowitz propose un plan très éclairant de tout ce
chapitre, en se référant à Cassuto,
un autre commentateur :
« Le plan de ce chapitre est
parfaitement ordonné jusque dans ses détails. Il se divise en deux
parties, de six paragraphes chacune. La première partie – VI,9 à VII,24
– décrit par étapes successives l’œuvre de la justice divine amenant la
catastrophe sur la Terre remplie de violence, elle fait passer devant
nous des tableaux de plus en plus obscurs jusqu’aux ténèbres de la mort
du sixième paragraphe – VII,17 à 24 – où il ne subsiste qu’une faible
lueur, l’arche qui glisse sur la surface des eaux agitées renfermant
dans ses flancs l’espoir de toute vie future :
‘Et il effaça tous les
êtres qui étaient sur la face de la Terre, depuis l’homme jusqu’au
bétail, jusqu’au reptile et jusqu’aux oiseaux des cieux ; et ils furent
effacés de la terre. Et il ne resta que Noé et ceux qui étaient avec lui
dans l’arche’ (VII, 23).
La seconde partie – VIII, 1 à IX, 17 –
nous montre les diverses étapes du rétablissement de la vie sur terre
par la miséricorde divine ; la même lumière qui ne cessait de
s’affaiblir, jusqu’à devenir une minuscule lueur dans les ténèbres
opaques, grandit et se renforce au point d’éclairer à nouveau tout le
paysage, découvrant un monde calme, coloré par les vives couleurs de
l’arc-en-ciel signe de vie et de paix pour les générations futures :
‘C’est là le signe de l’alliance que j’ai établie entre moi et
toute chair qui est sur la terre’ (9,17). »
Dans Le peuple juif, son histoire et sa tradition, de
Léo Levi, livre pour jeunes de la fin de l’école primaire, il est
précisé :
« Le Seigneur promit à Noé de ne plus jamais détruire la terre
par le déluge : il bénit ses enfants et ses descendants et, en
témoignage de sa Réconciliation avec l’humanité, il fit briller un
merveilleux arc-en-ciel : c’est là le signe de l’alliance
de paix
entre Dieu et les hommes.
Quand nous voyons briller
l’arc-en-ciel, nous – la communauté juive – récitons une bénédiction
particulière pour remercier Dieu qui reste éternellement fidèle à la
promesse qu’Il a faite aux hommes »
Le dictionnaire encyclopédique du
judaïsme rappelle à ce propos - à l’article
Noé :
« Quand Noé put enfin quitter l’arche,
il construisit un autel et fit à Dieu offrande de bêtes pures. D.ieu
donna à Noé l’arc-en-ciel en signe d’alliance ... D.ieu donna également
à Noé une série de commandements – les lois noachides - considérées par
la tradition juive comme les lois universelles devant régir l’humanité
...
... Noé occupe également une place
importante dans le symbolisme chrétien ; préfigurant Jésus, il engage au
repentir en annonçant le jugement, tandis que pour l’Islam, il est l’une
des figures bibliques préférées du Prophète, qui lui accorde une sourate
entière ».
Et à l’article ‘Lois
noachides’ :
‘ Sept principes clés* de la moralité
qui, selon l’opinion rabbinique, sont du devoir de toute l’humanité,
puisque les hommes sont tous les descendants d’un ancêtre commun.
Imposées à Noé, selon la tradition – juive – ces lois noachides ont
précédées la Torah et la Halakhah – système légal imposé au seul peuple
hébreu.
Selon Maimonide, l’acceptation, sur la
base de la Bible, des sept préceptes universels, signifie que tout
gentil –
(NDR : c’est-à-dire : non – juif)
- juste est compté parmi les ‘ les
pieux (justes)
des nations du monde qui ont part au monde à venir’ (Tos Sanh.13, 2).
* ces sept principes clés sont :
Justice civile (le devoir d’établir un système légal) ; interdiction du
blasphème (qui comprend le faux
témoignage) ; rejet de l’idolâtrie ; interdiction de l’inceste (ainsi
que de l’adultère et d’autres délits sexuels) ; interdiction
du meurtre ; interdiction du vol ; interdiction de manger la chair («
un membre ») découpé d’un animal vivant
(c’est-à-dire la cruauté sous toutes ses formes). (cf.
Sanh. 56a.)
Le psaume 25 (24) en
répons à la première lecture – prié chaque jour dans la liturgie juive -
nous fit souvenir aussi que la vie n’est pas un long fleuve tranquille
mais bien un combat, comme le commente la tradition juive dans
Tehilim, la Bible
commentée, les psaumes,
tome I, p. 305 :
« Ce psaume nous offre
l’un des plus beaux exemples du perpétuel combat qu’a mené David pour
rester sur le sentier des hommes droits.
David supplie que l’aide
divine lui soit accordée pour maintenir ses voies droites, pures et
vraies »
Protection divine dont Dieu avait entouré Noé, selon Rachi,
toujours dans la tradition juive, lorsque Dieu l’a vu
devant Lui
juste dans cette génération :
« ... Il le protégea afin que ces
contemporains ne puissent pas détruire l’Arche selon leurs desseins »
Et nous, faisons-nous confiance à Dieu
qui nous a donné l’arc-en-ciel en signe d’Alliance éternelle ?
Dans la deuxième lecture de ce dimanche,
1 P. 3,18-22,
nous trouvons un autre rapprochement, entre
les jours de Noé et
ce qui y correspond, le baptême qui
sauve à présent :
« Le Christ lui-même est
mort une fois pour les péchés, juste pour les injustes, afin de nous
mener à Dieu ..
.Le baptême qui vous sauve à
présent ... engagement à Dieu d’une bonne conscience par la résurrection
de Jésus Christ, lui qui, passé au ciel, est assis à la droite de Dieu,
après s’être soumis les Anges, les Dominations et les Puissances ».
Cet « engagement à Dieu d’une bonne
conscience » ne signifie nullement un
laisser aller pas plus qu’une attente passive mais suite du Christ Jésus
qui, selon l’Evangile de St Marc de ce jour, Marc
1,12-15, fut tenté par
Satan. Cette tentation enracine la mission de Jésus dans l’expérience de
l’Exode des Hébreux au désert, qu’il assume en tant que fils d’Israël –
avant de venir en Galilée proclamer l’Evangile de Dieu. Bonne Nouvelle
qui nous est destinée aujourd’hui :
« Le temps est accompli
et le Royaume de Dieu est tout proche : repentez-vous et croyez à
l’Evangile »
Le temps est accompli, le
Royaume de Dieu est tout proche ... Repentons-nous et croyons à la Bonne
Nouvelle !
Isabelle Denis ND Sion
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2°
dimanche de Carême 2009
Genèse 22,1-18 ; Psaume 115 (116) ; Romains
8,31b-34 ; Marc 9,1-10
Points de repères avec
les deux traditions juive et chrétienne
-
cf. introduction au Carême -
sacrifice d'Isaac,
Chagall,, vitrail Mainz
Voici un extrait d’un article d’Armand
Abécassis, philosophe juif de notre temps, paru dans le quotidien
La Croix le 12 octobre 2008, à
propos du récit de Genèse 22,1-18
que nous avons en première lecture de
ce 2° dimanche de Carême :
« ... L'histoire d'Isaac, de sa
naissance à ce qu'on a coutume d’appeler «sacrifice d'Isaac» et qu'en
hébreu nous appelons «ligature d'Isaac»: en effet, le fils d'Abraham n'a
pas été sacrifié, mais ligoté seulement.
Or, juifs et chrétiens continuent à affirmer que Dieu a mis,à l'épreuve
le patriarche en lui demandant de lui sacrifier ce qu' il avait de plus
cher: son fils. Et ils présentent cette épreuve comme la plus grande
preuve d'amour pour Dieu !
Des rabbins proposent une autre
lecture de ce récit, en faisant
remarquer que Dieu n'a jamais dit au
patriarche «Égorge ton fils», mais «Fais-le monter pour un holocauste
sur l'une des montagnes que je t'indiquerai» (Gn 22, 2). Abraham a
compris l'ordre de Dieu comme s'il lui demandait de
sacrifier en holocauste son fils Isaac,
afin de lui prouver qu'il l'aimait et qu'il lui obéissait sans discussion.
Mais Dieu a simplement demandé l’initiation du fils, c'est-à-dire sa
ligature ou, en d'autres termes, la transmission de la loi qui limite la
liberté du fils et limite aussi par là même le pouvoir du père sur lui.
La preuve en est le verset 12: ‘II
(Dieu) dit: Ne porte pas la main sur
l'adolescent et ne lui fais rien! Car
à présent, je sais que tu crains Dieu...’ L'épreuve n'était donc
pas d'amour, mais de respect de la loi et de la limite du pouvoir humain
par l'autorité divine. L'épreuve consistait pour Abraham à sacrifier son
sacrifice, le désir qu'il avait de sacrifier son fils pour Dieu.
Dieu ne demande pas au père d'immoler
son fils comme Laïos face à son fils Œdipe. Il ne demande
pas non plus au fils de tuer son père, comme Œdipe face à son père. Il
ne demande pas non plus au fils de mourir par amour pour le père, ni au
père de s'effacer totalement par amour pour son fils. Il demande la
suprême épreuve pour l'homme père et l'homme fils :
descendre ensemble de la montagne pour
ouvrir la voie véritable de l'histoire,
dans laquelle le fils continue le projet du père à sa manière et en
l'enrichissant. L'épreuve est celle de la fidélité et la créativité à la
fois, autant pour le fils que pour le père qui fut fils avant d'accéder
à la paternité et à la transmission.
Nous apprenons alors que la fonction
principale du père est de rendre son fils capable d'être père à son
tour. Il est vrai qu'on ne va au statut de paternité que par le statut
de filialité, grâce auquel nous apprenons à être fils pour pouvoir être
père à notre tour ».
Un grand théologien chrétien
contemporain, Paul Beauchamp, commente ainsi ce récit biblique :
« Nous
lisons : ‘...
Ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac’. Ensuite,
Abraham
ne renonce pas seulement à un fils. Il renonce à la promesse
! Vingt-cinq ans ont passé après qu'il a reçu cette promesse de devenir
une ‘grande nation’. Puis est venu le jour de l' ‘hospitalité’ (philoxénie),
la première annonciation, Abraham avait
atteint
l'âge de cent ans sans que sa femme lui donne un fils. Ce
qui lui avait été donné par miracle lui est aujourd'hui
redemandé ! Un auteur du Nouveau Testament
donne son interprétation.
Non, enseigne-t-il, Abraham n'a pas renoncé à la promesse. Il s'est dit
: le don promis, qui vient de plus loin que l'homme, va
plus
loin aussi et ne peut être retiré. ‘Même
un mort, se disait-il,
Dieu
est capable de le ressusciter. Aussi, dans une sorte de préfiguration,
il retrouva son fils’
(Hb 11,
19). N’imaginons pas que, selon cet interprète, Abraham ait vu
à l'avance le dénouement de
son
drame :
‘Par la foi, Abraham, mis à l'épreuve, a offert Isaac’
(Hb 11,17).
Or la foi, c'est la nuit. La montagne nommée par le
récit s'appelle ‘ Dieu verra ‘ (Gn
22,14; cf. aussi le v. 8).
Dieu
voit - Abraham ne voit pas. (NDR : certains exégètes traduisent par ‘ Dieu pourvoira’)
Le père ‘retrouva son fils’. Mais il est devenu un autre
père. Quant au fils, le titre donné au récit par la tradition
juive met l'accent sur son drame à
lui : l'épisode s'appelle non pas ‘sacrifice‘,
mais ‘ligature’ d’Isaac. Si Abraham n'a pas cru que Dieu veuille
la mort, Isaac n'a pas cru que son père veuille le tuer... »
Cinquante portraits
bibliques,
Paul Beauchamp, Seuil, 2000
Le psaume 115 (116)
fait partie du rituel juif de Rosh Hodesh, c'est-à-dire le premier jour
de chaque mois. Il nous est donné dans notre liturgie chrétienne de
Carême pour ce 2° dimanche.
Il exprime bien cette confiance inébranlable en Dieu qui fut celle
d’Abraham et d’Isaac et il invite à se confier à Lui au nom même de Son
amour pour nous :
« Le serviteur de Dieu adresse au Seigneur une calme prière. Ce
n’est plus le peuple qui parle ici, mais le juste, le croyant, celui-là
même qui sait combien sa vie est brève, et qui s’unit à Dieu par son
ardent amour. C’est cet amour qui le sauve des liens de la mort et des
angoisses du sépulcre (v.3), car le psalmiste invoque le nom du Seigneur (v.4)
et alors se dissipe la détresse et la douleur, et le juste marche de
nouveau devant Dieu sur la terre des vivants (v.9)».
Commentaire juif des psaumes,
Emmanuel,
Paris,
Payot 1963.
Amour de Dieu qui est magnifié dans l’Epître aux Romains 8,31b-34
que la liturgie nous donne encore, au cœur de notre foi chrétienne :
« Si
Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? Lui qui n’a pas épargné son
propre Fils mais l’a
livré pour nous tous, comment avec lui ne nous accordera-t-il
pas toute faveur ? Qui se fera l’accusateur de ceux que Dieu a élus ?
C’est Dieu qui justifie, qui donc condamnera ? Le Christ Jésus, celui
qui est mort, que dis-je ? ressuscité, qui est à la droite de Dieu, qui
intercède pour nous ?»
Amour incommensurable de Dieu manifesté encore dans le
récit de la Transfiguration du Christ Jésus – Evangile de ce dimanche, Marc 9,2-10, -
celui-ci
se
faisant voir à Pierre, Jacques et Jean sur
une haute montagne :
« Ses vêtements devinrent resplendissants... Elie leur apparut avec
Moïse et ils s’entretenaient avec Jésus... Et survint une nuée qui les
prit sous son ombre, et une voix partit de la nuée : ‘Celui-ci est mon
Fils Bien-aimé ; écoutez-le’. Soudain, regardant autour d’eux, ils ne
virent plus personne, que Jésus seul avec eux.
Comme ils descendaient de la montagne, Jésus leur ordonna de ne raconter
à personne ce qu’ils avaient vu, si ce n’est quand le Fils de l’Homme
serait ressuscité d’entre les morts ».
Marc 9,2-10
L’Evangile selon St Luc précise de quoi
Elie et Moïse s’entretenaient avec Jésus : de son départ
qu’il allait accomplir à Jérusalem (Luc 9,31),
c'est-à-dire de sa mort qui précèderait sa résurrection d’entre les
morts !
Ainsi au cœur de notre foi chrétienne le
mystère du salut qui donne vie en abondance, à tous ceux qui y croient,
ce salut est donné par la mort du Fils, ressuscité le troisième jour par
Celui–là même, son Dieu et Père, de qui vient toute paternité, qui avait
manifesté à Abraham qu’il n’avait pas à lui sacrifier son fils Isaac !
Aussi nous ne pouvons que redire avec l’Apôtre Paul, en reprenant sa
Lettre aux Romains en
Rm 8,28-30, quelques versets plus haut que la deuxième
lecture, déjà citée, de ce jour :
« Et
nous savons qu’avec ceux qui l’aiment, Dieu collabore en tout pour leur
bien, avec ceux qu’Il a appelé selon son dessein... ceux qu’Il a
appelés, il les a justifiés, ceux qu’Il a justifiés, Il les a aussi
glorifiés »
Pour conclure ces points de repères,
nous pouvons méditer ce lien établi par la tradition chrétienne entre
Isaac et Jésus, comme le commente, par exemple Hilaire de Poitiers, au
IV°s , considérant alors comme « sacrifice » ce que la tradition juive
elle considère comme « ligature » - différence dont il est important
d’avoir conscience ! -
« La
descendance appelée en Isaac est le Christ ; en lui (Isaac) aussi nous
est offerte une préfiguration de la Passion, lorsqu’il est appelé par
son père au sacrifice, lorsqu’il porte le bois du sacrifice, lorsqu’un
bélier se présente pour la consommation du sacrifice ».
Isabelle Denis ND Sion Paris
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3°
dimanche du Carême 2008
Exode 20,1-17 ; Psaume 18 (19) ; 1 Corinthiens 1,22-25 ; Jean
2,13-35
Points de repères avec
les deux traditions juive et chrétienne
- cf. Introduction au Carême
-
Chagall; Moïse et les
Tables aux Anciens
Nous pouvons d’abord méditer
les deux commentaires juifs à propos d’
Exode 20,1-17,
première lecture que
nous offre la liturgie de ce 3° dimanche de Carême :
De
Nehama Leibowitz :
« Les
Dix Commandements commencent par: "Je suis l'Eternel
ton Dieu" et se terminent par: "Tu ne convoiteras
point".... Jetons maintenant un regard sur les cinq premiers commandements
qui, comme on sait, sont considérés comme contenant
les
devoirs de l'homme envers son Créateur, alors que les cinq
derniers se rapportent aux devoirs de l'homme envers son
prochain (le commandement relatif au
devoir d'honorer les parents
figure
parmi les premiers parce qu'il est considéré comme se
rattachant à l'honneur dû à Dieu).
Dans
quel ordre se présentent-ils ?
Ils débutent par des commandements qui s'adressent au
cœur,
c'est-à-dire à la pensée et impliquent la reconnaissance
d'un fait. Ils continuent par une prescription touchant la
parole:
"Tu n'invoqueras pas le nom de l'Eternel ton Dieu en vain"
:
Ils
se terminent par des préceptes visant l'action: "Souviens-toi
du jour
du Sabbat" (commandement que Moïse, rappelant le
Décalogue, énonce dans le Deutéronome dans les termes:
"observe
le jour du Sabbat") et les relations familiales: "Honore
ton père et ta mère". Ainsi notre attitude envers notre
Créateur doit d'abord être solidement arrêtée dans notre
cœur:
de là elle commandera notre expression
et enfin nos activités.
Qu'est-ce à dire sinon qu'on ne saurait se contenter de "credo
religieux", de "conceptions du monde" conformes à notre
tradition,
en un mot, de croyances si ces dernières ne se traduisent
pas
dans le langage, dans les actes, dans les relations familiales.
Si
nous examinons les cinq derniers commandements, nous constaterons
que nous passons des défenses portant sur des actes
"Tu ne
tueras point," "Tu ne commettras point d'adultère",
"Tu ne commettras point de vol" à l'interdiction: "Tu ne
rendras
point contre ton prochain un faux témoignage" qui se rapporte
à la parole, pour terminer sur le plus surprenant des Dix
Commandements: "Tu ne convoiteras point", défense qui
porte
sur les
sentiments du cœur ...
Ce n'est pas ...
en
sachant ce qui lui est interdit et en s'habituant à le considérer
comme hors de sa portée que l'homme évitera la convoitise. C'est au contraire en reconnaissant, en aimant ce qu'il lui est
permis d'armer, ce qui est important pour lui, ce qui seul
importe et mérite l’amour,
l'Eternel son Dieu, Sa Tora et Ses
prescriptions
». En méditant la sidra chemot
« l’Exode »
Nehama Leibowitz, CLKH, 1985, pp.115-121
Et
d’Abraham Heschel :
« Les Dix Commandements ne parlent pas d'un
lieu saint, mais, en revanche, aussitôt après leur
promulgation, Dieu dit à Moïse : « En tout lieu
où
J'aurai fait souvenir de Mon Nom, Je viendrai
vers toi et te bénirai. »
(Ex. XX, 21).
La conscience d'une sainteté qui
n'était point attachée à un lieu particulier permit le développement de
la synagogue; le Temple était à Jérusalem seulement, alors
que la synagogue était dans chaque
village. La prière est liée à
des heures déterminées, mais non
pas à des lieux déterminés.
Dans la Bible, il
n'est point de chose ou de lieu
qui soient saints par
eux-mêmes.
Même l'endroit
où
devait s'ériger, en Terre Promise, le seul sanctuaire
n'est jamais qualifié saint dans le Pentateuque
; à l'époque de Moïse, l'emplacement n'est pas précisé. Plus de vingt
fois, on en parle comme
du « lieu que le Seigneur
choisira » (au futur ; notamment:
Deutéronome XII, 5, 11, 14, 18, 21,
26) ...
L'emplacement – du Temple - ne fut pas choisi parce qu'il
jouissait de quelque
qualité surnaturelle, intrinsèque,
inhérente au sol, mais parce que l'homme -David -
avait prié pour un emplacement et que Dieu l'avait désiré.
Le
Temple devint un lieu sacré, et pourtant sa
sainteté ne lui venait pas de lui-même ; sa sainteté
fut reconnue, et pourtant les prophètes ressentaient
le paradoxe d'une sainteté attachée à
l'espace.
Le peuple d'Israël chantait
:
Allons dans Son sanctuaire, Prosternons-nous devant l'escabeau de Ses pieds
(Ib, 7).
Mais le prophète proclamait
:
Ainsi parle le Seigneur :
« Le ciel est Mon Trône
Et la terre l'escabeau de
Mes pieds. Où est la maison
que vous Me bâtiriez, Où est
le lieu de Mon repos
?
»
(Isaïe, lxvi, 1)
Si Dieu est partout, II ne peut être exclusivement
en un endroit ; si Dieu a fait toutes choses,
comment l'homme pourrait-il faire une chose pour
Lui
? (cf. ib. 2)
Les bâtisseurs du temps, A. Heschel, éd. de Minuit,
1957, p.182
Dans la liturgie juive le
psaume
19 (18)
fait partie de la prière quotidienne, ainsi que de l’office du
Chabbat, de Rosh Hachana et des trois fêtes de Pèlerinage : c’est dire
son importance !
« ... Dans ce chant, le Psalmiste
prouve de six façons que la compréhension de Dieu acquise par l'étude de
la Tora surpasse la perception acquise par la recherche scientifique ...
.Avant la faute, Adam menait une vie droite et pure, aussi prévisible
que l'orbite du soleil et des étoiles.
Le péché a déformé l'homme. Seule l'étude de la Tora est capable de le
redresser ... Le Psalmiste commence par exalter la précision impeccable
des sphères célestes. Puis il se tourne vers l'homme pour l'exhorter à
suivre l'exemple montré par le ciel,
disant en fait :
« Etudie la Tora et retourne à ce que
tu dois être ! » « La Tora de HACHEM est parfaite : elle ranime l'âme.».
La Tora est « droite », elle « éclaire les yeux », elle est « pure ».
Accepte la Tora et imite Adam avant la faute. Il n'y a pas à s'étonner
que le Gaon de Vilna (Ma'assè Rav 196) ait désigné ce psaume comme ...
chant du jour, de la fête de Chavou'ot, où nous célébrons le Don de la
Tora à Israël au mont Sinaï. »
Tehilim
les Psaumes tome 1, p. 239
A propos de l’extrait de
1 Corinthiens 1,22-25 :
Paul, dans sa 1°
lettre aux Corinthiens s’exprime face à à la situation d’alors de cette
récente communauté chrétienne de Corinthe, encore fragile. Paul rappelle
que l’unité est au nom du Christ qui l’envoie annoncer l’Evangile
« nous proclamons ,nous, un Christ crucifié ... pour ceux qui sont
appelés, Juifs et Grecs, c’est le Christ, puissance de Dieu et sagesse
de Dieu ». Aussi
« Face à ceux qui –
dans la communauté – pensent en terme de concurrence spirituelle,
Paul argumente de façon globale et à partir d’un jugement
d’ensemble ... reprenant et accentuant sa doctrine de l’élection que
nous connaissons de la 1° lettre aux
Thessaloniciens, il les place sous une théologie de la croix (cf.
surtout 1,18-31), à partir de laquelle à ses yeux toute vie spirituelle
doit être ordonnée et jugée »
Paul, Jürgen Becker, Cerf, 1992, p. 225
Le commentaire
d’Abraham Heschel, dans Les bâtisseurs du temps, cité plus haut
et celui du Cardinal Etchégaray, J’ai senti battre le cœur du monde,
ci-dessous, sont autant de regards complémentaires qui
élargissent la problématique délicate de l’Evangile de ce jour en
Jean 2,13-25 :
« La
mystérieuse différence et l'incroyable parenté entre juifs et
chrétiens doivent nous porter ensemble sur le même chemin
de
la
repentance, de la teshouva, qui est à la base de l'enseignement
biblique.
Le 4
décembre 1983, en présence du pape, à l'occasion d'un synode des évêques
sur la ‘ réconciliation’, j'ai lancé un vigoureux appel au pardon,
mesurant la distance qui nous sépare
du juif
...
Nous
avons traversé l'histoire dans l'opposition
Église/Synagogue, provoquée par l'endurcissement des uns
et des autres, chacun étant lié à l'endurcissement de
l'autre.
Sur ce chemin de la pénitence, Jean-Paul II
restera notre inlassable
premier de cordée.
Il a
très souvent parlé du pardon au peuple juif blessé à mort par la Shoah.
Mais à Jérusalem, après
la
visite à Yad Vachem, il accompagna sa parole du geste le plus
inattendu, le plus familier à un juif pèlerin, quand,
s'appuyant
sur son
bâton de vieillard, il glissa dans une fente du mur des Lamentations le
message suivant :
Dieu de nos pères, Tu as choisi Abraham et ses descendants
pour amener ton nom aux nations. Nous sommes profondément
attristés par le comportement de ceux qui, au cours de l'Histoire,
ont
fait souffrir tes enfants, et nous demandons ton pardon. Nous
souhaitons nous engager dans une fraternité authentique avec le
peuple du Livre. Jérusalem, le 26 mars 2000, Johannes Paulus II ».
J’ai senti battre le cœur du monde
C. Etchégaray, éd. Fayard, 2007, p.360-361
Puisse ce temps du Carême être un pas de
plus dans la fidélité aux Dix Paroles, qui nous engagent les uns et les
autres, sur un chemin d’estime et de respect vers une fraternité
toujours plus authentique, dans l’altérité.
Isabelle Denis ND Sion Paris
4° dimanche de Carême 2009
2 Chroniques 36,14-16 et 19-23 ; Psaume 136 (137) ; Ephésiens
2,4-10 ; Jean 3,14-21

Points de repères avec les deux traditions juive et chrétienne
- cf. Introduction au carême
-
La première lecture de ce 4° dimanche est
une mystérieuse annonce en 2 Chroniques
36,14-16 et 19-23 à
propos du Temple que Cyrus, roi païen envahisseur, serait appelé à
bâtir, alors qu’il avait été détruit. Cette annonce se termine avec cet
appel lancé par Cyrus aux juifs déportés, en
2 Ch
36,23 :
« Quiconque, parmi vous,
fait partie de tout son peuple, que son Dieu soit avec lui et qu’il
monte »
« Qu’il monte » ? A Jérusalem,
bien sûr, pour la reconstruction du Temple, ce qui se fera sous la
direction d’Esdras et de Néhémie.
A cette lecture répond en écho le
Psaume 136 (137) :
il fait partie de la prière juive quotidienne ainsi que de la liturgie
du jour de mémoire de la destruction du Temple, le 9 du mois d’Av.
Voici ce qu’en dit Emmanuel, auteur du
Commentaire juif des psaumes :
Entre
les litanies de la miséricorde de Dieu qui dure éternellement (Ps 136) et la louange de David qui célèbre Dieu de
tout son cœur
(Ps 138.1)
se trouve
le psaume 137, qui chante la tristesse du
peuple
dans son exil babylonien.
Quatre
images se succèdent, les trois premières de deux
versets
chacune, la dernière de trois. Ce sont d'abord les lamentations auprès des fleuves de Babylone où les exilés en
deuil suspendent leurs harpes aux saules du pays pour ne plus
chanter. C'est ensuite l'ironique invite des oppresseurs à leurs vaincus
de chanter pour eux les cantiques sacrés. Mais
comment
chanter les cantiques du Seigneur sur
une terre étrangère ? (137,4).
Puis
c'est la solennelle promesse de ne jamais oublier
Jérusalem. Enfin c'est la prière pour le châtiment* d'Edom
et
de Babylone (137.7-9). Il n'y a rien de
plus poignant dans l'Écriture que ces quatre
courtes strophes où
s'expriment la plus profonde douleur d'un
peuple déshérité et la plus
impertinente insulte à la foi qui demeure ferme sous l'opprobre ; d'où
jaillisse le cri du plus ardent amour pour le temple de Dieu et de la
haine mortelle pour ceux qui ont causé un mal inexpiable à la terre
sainte, séjour de Dieu.
Jamais Jérusalem ne sera
oubliée, jure le psalmiste, et dans
l'exil ce sera sa seule pensée. Toute joie passe nécessairement
par le souvenir du sanctuaire et la vie serait impossible sans
l'espérance du rétablissement. Mais c'est le sentiment religieux
bien plus que le sentiment national
qui commande cet indéfectible
attachement. Jérusalem n'est pas le symbole de la patrie perdue mais
celui du temple profané, pillé et détruit.
Le retour est moins le rétablissement
en terre de Canaan que le retour à Dieu.
Commentaire juif des psaumes,
Emmanuel, Payot 1963 p.350
NB :* Ce châtiment est interprété ainsi dans la suite du commentaire :
ce n'est pas un appel aux pauvres
opprimés pour qu'ils se vengent, comment le
pourraient-ils ? Mais c'est la
certitude que Dieu enverra un plus fort que Babylone pour
détruire Babylone, un plus fort qu
'Edom pour détruire Edom. Heureux qui dévaste le dévastateur.
L’Evangile, en
Jean 3,14-21,
reprend la mystérieuse image du serpent d’airain du livre des
Nombres 21,8-9 que la tradition rabbinique
interprète dans le traité Rosh
Hachana 29a :
Nos maîtres ont demandé : « Un (tel)
serpent pouvait-il donc faire mourir ou vivre ? — En réalité, il faut y
voir un symbole : quand les Israélites levaient les yeux vers Dieu en
soumettant leur cœur à leur Père
Céleste, ils guérissaient, sinon ils dépérissaient» (R.H. 29 a). Rabbi
Haïm de Wolozin écrit, dans son commentaire (111,12) que, lorsque les
Israélites voyaient le serpent au sommet de la perche et pensaient
intensément que Dieu seul pouvait provoquer une blessure ou la guérison,
alors le salut ne se faisait pas attendre. Cependant le Zohar donne une
autre explication : quand on voit le serpent, on prie Dieu, car, aussi
longtemps que le fils voit le bâton avec lequel le père l'a frappé, il
a peur : de même pour le serpent...
La voix de la Thora,
Les Nombres Nb 21,8, Elie Munk, p. 211
Et que Paul
Beauchamp reprend ainsi par rapport à l’Evangile de Jean :
« Le ‘serpent d'airain’ apparaît
brièvement dans le récit de la traversée du désert au temps de l'Exode,
encore plus brièvement dans l'histoire du roi Ézéchias (cinq siècles
plus tard), puis dans une réflexion de la ‘ Sagesse de Salomon
‘ (juste avant l'ère chrétienne) et enfin dans l'évangile de Jean.
Il s'agit là d'un ‘type’ au sens
étymologique d'une marque, enfoncée assez fort pour que son empreinte
traverse les époques successives. Un type se répète, il insiste. Sans
manifester tout ce qu'il ‘veut’ dire, il manifeste ce qui ‘veut se dire’
par lui et nous contraint à le chercher...
L'évangile de Jean reprend le thème à
son commencement. Disons qu'il fait plein droit à Moïse. C'est le
destin, peut-on dire, des archétypes : longtemps recouverts, ils
réapparaissent in extremis. Venir se
faire soigner et guérir près d'une image de mort en s'appuyant sur un
morceau de la mémoire de l'Exode, cela avait un sens, et un sens fort,
que l'évangile de Jean n'annule pas, au contraire. Il nous fait
entendre, de la bouche de Jésus, cette parole :’
Comme Moïse a élevé le serpent dans le
désert, ainsi faut-il que soit élevé le Fils de l'homme, afin que
quiconque croit en lui ait la vie éternelle ‘ (Jn 3,14-15).
Il veut dire que Jésus ‘élevé’ en croix prend la place du serpent qui
donne la mort et que par ce moyen, il donne la vie. »
Cinquante portraits
bibliques, Paul Beauchamp,
Seuil, 2000, p.79-80
C’est cette vie, selon l’amour gratuit de
Dieu en Jésus Christ, que proclame l’auteur de la
Lettre aux Ephésiens, de l’école
paulinienne, datée généralement par les exégètes de l’époque
post-apostolique :
« La partie dogmatique -chapitres 2-3-
comprend un fort accent rétrospectif : 2,1-10 rappelle d'abord le
passé, puis le présent des destinataires. C'est l'activité créatrice de
Dieu qui, par son ‘ grand amour’ (2,4), leur a donné la vie. Le passage
souligne deux périodes de l'existence : le passé païen est qualifié par
la mort
et l'aliénation aux puissances célestes ; le don de la
vie en Christ est décrit comme
une
résurrection d'entre les morts. »
Introduction au N.T
sous la dir. de D. Marguerat, Labor et Fides 2008 L’Epître aux
Ephésiens, Andreas Dettwiler
Certitude de foi au cœur de notre vie chrétienne en
Eph. 2,4-10 :
« Mais Dieu qui est riche
en miséricorde, à cause du grand du grand amour dont il nous a aimés,
alors que nous étions morts à la suite de nos fautes, nous a faits
revivre avec le Christ – c’est par grâce que vous êtes sauvés -, avec
lui Il nous a ressuscités et fait asseoir aux cieux, dans le Christ
Jésus ».
Certitude de foi dont nous avons à rendre
compte aujourd’hui, avec la même force de conviction et d’espérance
dont le peuple hébreu reste exemplaire lors de son Exode, spécialement
selon le récit du serpent d’Airain.
Certitude de foi, dans l’espérance du
salut en Jésus-Christ ressuscité des morts, que nous ont transmise les
premières générations chrétiennes.
Certitudes de foi à vivre en notre temps
dans le respect de ceux et celles qui se réclament d’autres traditions
religieuses et/ou humanistes, tout en oeuvrant avec eux/elles pour le
bien de tous dans le partage et la justice !
Isabelle Denis ND Sion Paris
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